Retour aux nouvelles

On vit la 2e grande réforme de la sécurité incendie au Québec!

 

2030

 

 

 

En juin 2000, le gouvernement a professionnalisé la sécurité incendie au Québec par l’adoption du projet de loi 112 (Loi sur la sécurité incendie) et par le projet de loi 86 (La loi de la police).

Par l’adoption de ces lois, on venait notamment séparer la sécurité incendie de la sécurité publique. Fini le temps où la sécurité incendie était une « toute autre tâche connexe » pour des policiers en devoir. Le début de la fin des pol-poms s’étira jusqu’en 2016 où Trois-Rivières furent les derniers au Québec à abandonner cette structure au détriment de deux entités distinctes.

La loi sur la sécurité incendie vint aussi définir ce qu’était un schéma de couverture de risques, l’École nationale des pompiers du Québec (ÉNPQ) et le commissaire-enquêteur aux incendies. Les orientations ministérielles en matière de sécurité incendie vinrent compléter la loi en sécurité incendie en définissant ce que devait contenir un schéma de couverture de risques en sécurité incendie.

Sans dire quoi faire aux municipalités, ni dire quel niveau de service offrir aux citoyens sous leur égide, le gouvernement venait gentiment dire aux municipalités que si elles désiraient avoir l’immunité en cas de poursuite par des assureurs lors d’incendie ou autres interventions associées à la sécurité incendie, elles devaient s’engager à gérer leurs risques. Concrètement, cela voulait dire de prévenir les risques avant que les incendies ne surviennent et de les combattre efficacement. Ainsi est née la prévention des incendies dans plusieurs municipalités et MRC.

L’adoption du règlement sur les conditions pour exercer au sein d’un service de sécurité incendie municipal fut par la suite adopté en 2004. Celui-ci venait, en quelque sorte, professionnaliser la formation des pompiers. Par ce règlement, on venait poser le seuil minimum des connaissances qu’un pompier ou un officier d’une municipalité donnée devait avoir pour occuper convenablement ses fonctions.

Ainsi est née la 1ère grande réforme de la sécurité incendie au Québec.

Une génération entière de pompiers et officiers se sont formés sur les bancs d’école afin de pouvoir exercer le métier qu’ils aiment. Chacun a dû passer de longues heures à parfaire ses connaissances et à passer des examens de l’ÉNPQ en plus de répondre à un nombre d’appels croissant. On peut dire, après 12 ans, que la très grande majorité des intervenants en sécurité incendie sont dorénavant conformes au règlement en vigueur.  

Parallèlement, les directions des services de sécurité incendie et les élus ont travaillé parfois en collaboration, parfois en confrontation, pour fixer les paramètres de leurs schémas de couverture de risques. Que de discussions pour assumer leurs risques et surtout, pour prendre des moyens concrets pour les gérer. Par contre, à l’exception près, toutes les municipalités du Québec sont dorénavant soumises à un schéma de couverture de risques en vigueur.

Alors, après avoir pris une pause pendant une génération entière afin de formaliser la sécurité incendie et professionnaliser les connaissances des intervenants, on fait quoi maintenant? On s’attaque aux comportements.

Première tactique : On travaille principalement avec les élus et les directions-générales des municipalités et des MRC, donc ceux qui gèrent réellement les budgets, à la mise en commun d’équipements, d’infrastructures, de services ou d’activités en matière de sécurité incendie. Pour influencer les comportements désirés, on vise les économies d’échelle. On finance partiellement des études d’opportunité dans les municipalités afin d’optimiser l’utilisation de chaque dollars, de chaque humain et de chaque équipement disponible sur les territoires à l’étude. Le but ultime est de mieux desservir les citoyens dans la limite de ses capacités… alors maximisons justement ces capacités!

Deuxième tactique : On passe par la CNESST pour d’abord reconnaître cinq nouvelles formes de cancer chez les pompiers. Cette reconnaissance est depuis longtemps demandée par les différentes associations sectorielles et les services de sécurité incendie.  On veut s’assurer que les pompiers qui souffrent de cancers dû à leur occupation aient droit à des compensations et c’est 100% justifié! Mais, comme la loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles (LATMP) est reliée à la loi en santé et sécurité au travail (LSST), on publie par la suite le guide des bonnes pratiques sur l’entretien des vêtements de protection pour la lutte contre les incendies afin d’enrayer à la source les comportements qui causent ces cancers chez les pompiers. Tous les pompiers et officiers ont été formés sur la santé et sécurité au travail depuis 2004. Maintenant, il reste à prendre ces connaissances et à en faire des compétences… c’est-à-dire à créer des comportements qui respecteront ce que disent les livres en matière de SST. C’est là que la réelle valeur de la SST prendra tout son sens. L’angle de la santé et sécurité est idéale pour faire changer les mentalités.

Une stratégie, deux époques :

2000 : on structure la sécurité incendie et on professionnalise la formation.

2016 : on structure la mise en commun des services de sécurité incendie et on professionnalise les compétences.

On est rendu là! Vous savez, comme moi, que n’importe qui peut mettre sur papier des stratégies destinées à gérer les incendies et acquérir des connaissances en sécurité incendie. Les mettre en pratique est toute autre. Le bât blesse souvent au niveau de l’adoption des comportements en lien avec les stratégies et tactiques envisagées.

Ainsi est née la 2e grande réforme de la sécurité incendie au Québec.

Combien de temps durera-t-elle? Jusqu’à la journée où tous les pompiers de tous les services de sécurité incendie du Québec prendront une douche après tous les appels fondés à la caserne avant de retourner à la maison.

On mise un 2$ sur 2030?

 

Par Patrick Lalonde,  Président d’ICARIUM Groupe Conseil