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L’image du paramilitaire nuit au recrutement des pompiers

On associe aisément le métier de pompier aux uniformes, les grades, la hiérarchie, la milice et tout ce décorum associé au secteur militaire. D’ailleurs, on fait souvent référence à des termes militaires comme le « combat » d’incendie ou les « stratégies et tactiques d’intervention » pour décrire le quotidien des pompiers. En fait, dans plusieurs pays, les pompiers SONT des militaires.

Or, jadis un objet de fierté pour plusieurs services, voire un argument de recrutement pour convaincre les aspirants-pompiers, l’approche paramilitaire semble dorénavant constituer un frein à l’entrée en fonction des nouvelles générations de pompiers.

Pourtant, plusieurs écoles de pompiers en font encore un élément de différenciation et certaines directions de services de sécurité incendie en font ouvertement l’éloge. Les apôtres de cette approche de gestion veulent ainsi « casser le caractère » des futurs intervenants ou simplement « enseigner la discipline » aux recrues récalcitrantes. « Soumission ou démission » clameront certains. Or, cette approche semble en indisposer plusieurs si on se fie à deux études que nous avons réalisées auprès de jeunes pompiers.

Dans un premier temps, un sondage effectué par notre firme auprès de 104 étudiants en sécurité incendie indique que seulement 31,7% de ceux-ci accepteraient de travailler pour un patron dont le style de gestion pourrait être catégorisé d’autoritaire. Les autres étudiants recherchent un patron dont le style de gestion s’apparenterait davantage à la concertation ou à la persuasion. On s’éloigne ainsi de l’approche paramilitaire. Remarquez que ça vient confirmer la littérature sur les Milléniaux qui fait état d’une génération à la recherche de rapport égalitaires empreints de respect entre patrons et employés.

On est tous au même niveau, on communique ouvertement et on se respecte.

Qu’en est-il des jeunes pompiers déjà à l’emploi d’un service de sécurité incendie?

Un second sondage mené par notre firme auprès de 473 pompiers du Québec nous révèle que 75% des pompiers issus de la génération Y se considèrent présentement comme étant malheureux au travail lorsqu’ils ont un officier supérieur qui leur manque de respect. Qu’entend-on par respect? Curieusement, 85,71% de ces répondants mentionnent ne pas se sentir traités de manière équitable par leur officier supérieur. Encore une fois, on pointe du doigt les iniquités entre officiers et pompiers pour expliquer partiellement la démobilisation de ces jeunes pompiers en emploi.

Ces résultats sont exploratoires, j’en conviens, mais sont-ils représentatifs de la réalité à grande échelle au Québec, Canada, France, Belgique, Suisse, Nouvelle-Calédonie, États-Unis ou ailleurs dans le monde? Si oui, devrait-on avoir l’humilité de remettre en question l’image du pompier paramilitaire et d’adopter une approche de gestion du personnel en caserne qui soit davantage axée sur la communication bidirectionnelle et l’égalité entre les niveaux hiérarchiques?

Nous devons nous poser sérieusement la question tant pour les instructeurs que pour les officiers et les membres de l’état-major des services de sécurité incendie en contact avec les jeunes pompiers surtout dans un contexte où le recrutement de pompiers, et en particulier pour les volontaires, est devenu très difficile dans plusieurs pays.

À l’aube de 2018, avons-nous encore les moyens de ne pas nous adapter aux attentes de notre relève en caserne? Poser la question est y répondre.

Patrick Lalonde, Expert-Conseil en gestion et organisation des services de sécurité incendie